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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 22:38

Fin avril 2012, la visite effectuée en Provence par un groupe d’une quinzaine de membres de l’association «La Commanderie» des Echelles s’est révélée fort instructive.

Le but recherché, outre l’agrément de la descente au pays du soleil (mais en l’occurrence sous la pluie), était de remettre nos pas dans ceux de la figure emblématique que représente pour nous Béatrice de Savoie, fille du comte Thomas, châtelaine des Echelles au début du XIIIème siècle.

Le voyage en véhicule automobile, effectué en quelques heures et par un temps frais, maussade et parfois pluvieux, ne nous a pas permis d’imaginer ce que fut le oériple qu’entreprit, en mai 1219, la jeune fille d’une vingtaine d’années destinée à allier les maisons de Savoie et de Provence par ses épousailles avec Bérenger, comte de Provence et de Forcalquier. 

L’arrêt à Forcalquier nous permit de découvrir les restes de l’ancien château comtal ainsi que le monument dressé en hommage à ses deux filles, Marguerite reine de France et Eléonore reine d’Angleterre. La visite de la vieille cité de Brignoles, autre villégiature de Béatrice, nous permit de constater la dévotion à un Saint Louis inconnu de tous : « Saint Louis l’évêque » ou « Saint Louis d’Anjou », arrière petit-fils de notre Béatrice, né à Brignoles et décédé dans cette même ville à l’âge de 23 ans.

Quelque peu déçus d’avoir retrouvé si peu de traces de notre savoyarde exilée lors de notre première journée de visite, la seconde allait nous transporter dans la très belle ville d’Aix en Provence pour y compléter notre quête.

Surprise ! Point de statue à son effigie ! Aucune trace concrète de son passage ! Aucun bâtiment où elle aurait vécu ! Peu d’intérêt apporté à ce personnage qui a pourtant dû marquer très fortement son époque ! ….. Après quelque insistance, et toujours sous la pluie, notre guide nous fit admirer la splendide maquette de l’ancien château comtal où se déroulaient, selon les auteurs de son temps, des fêtes faisant de la cour d’Aix un lieu de renommée européenne. Il est permis de penser que, si la Provence intéressait les grandes puissances voisines pour son emplacement stratégique, les quatre filles de Béatrice devaient constituer des enjeux du même ordre. L’admiration de Dante pour Béatrice, mère des grandes dynasties régnantes d’Europe, en diy long sur sa notoriété.

Mais alors, pourquoi cette personne illustre, ancêtre des cours européennes, a-t-elle pu être victime d’un tel oubli de la part des Aixois ?

Tout d’abord, il est remarquable de constater à quel point la ville a investi sur l’image de Paul Cézanne. Ce peintre impressionniste du XIXème siècle est devenu la carte de visite incontournable de la ville. « Mettez vos pas dans ceux de Cézanne » est un leitmotiv présent à chaque carrefour et sur chaque trottoir alors que nous mettons les nôtres dans ceux de Béatrice (le collège, la résidence, la place, le sentier,…).

Il nous faut entrer dans l’église Saint Jean de Malte, avec sa nécropole des anciennes dynasties régnantes, pour retrouver les XIIIème et XIVème siècles et la famille de Béatrice. Nous savions qu’entre celle-ci et son dernier gendre (Charles d’Anjou, frère de Saint Louis et épouseur de Béatrix, dernière fille de Béatrice), les relations n’étaient pas au beau fixe. Les ambitions de Charles pouvaient-ils accepter d’attendre le décès de l’usufruitière du Comté pour s’emparer de la réalité du pouvoir ? La brouille, suivie de l’exil de Béatrice, aura permis à son gendre de gommer toute référence à cette dernière.  Les seuls éléments visibles, dans l’église des hospitaliers, sont donc les statues de Raymond Bérenger et de sa fille Béatrix ainsi que le tombeau d’Alphonse II, père de Raymond Bérenger, reconstruites dans les années 1820-1830 alors que la tête originelle de Béatrix, abîmée, se trouve au musée Granet. Cette église Saint Jean de Malte, domaine des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, nous rappelle les deux dynasties qui régnèrent sur la Provence : Aragon et Anjou. Raymond Bérenger est le dernier souverain catalan, sa fille Béatrix est l’épouse du premier souverain angevin.

Le document écrit par Jean-Marie Roux sur l’église Saint Jean de Malte explique, de façon très détaillée, l’histoire des origines, des destructions et des réfections de ces tombeaux et des statues. Force est de constater que Béatrice de Savoie ne s’est pas fait une place dans l’histoire de la Provence : enterrée dans « une simple sépulture édifiée sur le côté gauche du chœur »  de Saint Jean de Malte selon la tradition aixoise, finissant ses jours dans « son château de l’embrunnais » selon Patrick de Carolis. Le conflit avec son gendre et son départ de Provence auront scellé son oubli.

La fin de Béatrice doit se lire comme son rejet d’une Provence qu’elle avait sans doute adoptée. Nous pouvons l’imaginer, partageant le reste de ses jours entre son château des Echelles et la résidence de ses filles, reines de France et d’Angleterre, pour, en définitive, établir sa sépulture dans la chapelle de son château de Menuet, son ultime refuge. Quels sentiments animaient ses quatre filles lorsqu’elles lui firent construire son magnifique mausolée ?

En définitive, notre voyage nous aura permis d’acquérir la certitude que ce n’est pas dans ses terres de Provence que nous trouverons la moindre image, statue ou références intéressantes pour nos projets de statue de Béatrice de Savoie.

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